AFIME

Les banques étrangères avaient peut-être les coffres. Mais l'Afrique a les clés de demain

JN

Jack-Hermann NTOKO

Co-fondateur AFIME · Fintech entrepreneur · Stanford Innovation Fellow · 18 ans en services financiers

Points clés

  • Le retrait de Société Générale d'Afrique centrale et orientale s'inscrit dans une tendance de fond irréversible
  • Ces institutions n'ont jamais financé les PME, les femmes entrepreneures ni les jeunes startups africaines
  • UBA, Ecobank, NSIA Capital : des champions panafricains prennent le relais
  • Wave, MFS Africa, PayDunya : les fintechs prouvent qu'un autre modèle est possible et rentable

C'était un mardi matin à Douala. Devant une agence Société Générale, un homme en chemise blanche froissée tenait un chéquier qui avait plus de poussière que d'espoir. Autour de lui : des femmes entrepreneures, un chauffeur de taxi, une commerçante. Tous en attente. Cette scène, répétée des milliers de fois à travers l'Afrique francophone, dit tout sur ce que ces banques n'ont jamais voulu être : des partenaires du développement local.

Une présence sans engagement réel

Depuis les années 1960, les institutions bancaires européennes se sont installées en Afrique avec une promesse de développement économique. La réalité fut différente : agences concentrées dans les quartiers aisés des capitales, taux prohibitifs pour les PME, frais de tenue de compte ruineux pour les épargnants modestes, refus systématique de financer l'économie réelle — agriculteurs, commerçantes de marché, jeunes entrepreneurs.

Ces banques ont financé des gouvernements et des multinationales. Elles ont capté les devises issues des ressources naturelles et perpétué des logiques de dépendance financière. Elles étaient des banques de rente et de connivence — pas des banques de transformation.

« On leur a ouvert les économies, les mines, les ports. Elles n'ont jamais ouvert leurs guichets à l'avenir des clients locaux. »

Pourquoi elles partent aujourd'hui

Le retrait de Société Générale d'Afrique centrale et orientale, acté depuis 2024, n'est pas un cas isolé. Il s'inscrit dans une dynamique globale de désengagement des banques françaises et européennes. Les raisons sont multiples :

  • Le durcissement des normes réglementaires internationales (Bâle III) a rendu les filiales africaines peu rentables et trop coûteuses à maintenir depuis Paris
  • Les tensions géopolitiques et la pression des opinions publiques africaines ont dissuadé les conseils d'administration
  • Ces banques ont raté le virage de la digitalisation, sous-estimé la puissance de l'économie informelle, ignoré la montée des fintechs

La France ne pèse plus économiquement ce qu'elle pesait hier sur le continent. Son poids dans les exportations africaines a fondu. Elle est dépassée par la Chine, la Turquie, l'Inde, les Émirats arabes unis. Ils se désengagent — pas par grandeur d'âme, mais par fatigue stratégique.

Pendant qu'elles partent, l'Afrique construit

Une nouvelle génération de banques africaines émerge. Solides, ambitieuses, enracinées dans les réalités du continent.

UBA Group (Nigeria)
Présente dans plus de 20 pays africains. Stratégie centrée sur l'inclusion, la digitalisation et l'ancrage local. Elle comprend que le futur se joue avec les jeunes, les femmes et les PME.
Ecobank (Togo)
36 pays, véritable banque continentale. Parie sur la mobilité bancaire, la banque mobile et les plateformes interconnectées. La Citibank africaine — avec des racines locales.
NSIA Capital (Côte d'Ivoire)
Partie de l'assurance, muée en groupe financier agile, adapté aux réalités ivoiriennes, camerounaises et gabonaises.
Fintechs (Wave, MFS Africa, PayDunya)
Ont démontré qu'on peut construire des systèmes de paiement résilients, low cost et interopérables — là où les grandes banques avaient abandonné le terrain.

Ces institutions sont nées sur place, pour le continent. Elles réussissent car elles ne copient pas les modèles occidentaux. Elles comprennent que le futur de la finance africaine se joue dans le téléphone portable d'un vendeur de cacao à San Pedro ou d'un commerçant à Maroua.

Le cas du Cameroun : une page blanche à saisir

Avec le départ de Société Générale, le Cameroun dispose d'une nouvelle page blanche. Le vrai problème n'est pas le départ — c'est l'héritage. SG est partie sans avoir semé. C'est au nouvel acquéreur des parts de planter : des banques modernes orientées vers l'entrepreneuriat, le numérique et l'inclusion financière. Des instruments de crédit qui ne pénalisent pas les faibles revenus. Des plateformes qui fonctionnent à minuit, avec un clic.

Ce que l'Afrique francophone doit faire maintenant

Trois impératifs pour la souveraineté financière

  • Investir dans des institutions financières africaines fortes, soutenues par des acteurs comme Afreximbank, pour financer l'étudiant à Bamako, le pêcheur à Kribi, la commerçante à Cotonou
  • Oser la technologie : banques 100 % digitales panafricaines, crédit agricole adossé à la blockchain, investissements fractionnés de la diaspora
  • Penser comme une souveraine : construire des systèmes de financement qui parlent le langage des marchés africains — tontines, WhatsApp business, économie informelle structurée

« Aux jeunes dans les quartiers de Douala, de Cotonou, de Dakar, aux codeurs dans les hubs numériques, aux femmes dans les marchés, aux visionnaires silencieux : la révolution bancaire viendra de vos besoins et de la capacité des institutions à y répondre. Brique par brique. Compte par compte. »

« L'Afrique ne manque pas d'argent. Elle manque de mémoire et de vision. Il est temps d'investir les deux. »

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